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La Martyre

Finistère · Bretagne

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La commune et son patrimoine religieux

Histoire de La Martyre

La Martyre est une commune de Finistère, en Bretagne, qui compte 760 habitants. Le nom de la localité est attesté sous la forme en 1363, Ar Merzer Salaun. Du latin martyrium, « sanctuaire dédié à un martyr » et du nom propre Salaün, forme bretonne de Salomon. Ce nom fait référence à l'assassinat du roi de Bretagne Salomon en 874.

Deux enceintes fortifiées datant probablement de l'Âge du fer ont été identifiées, l'une à Lilyvon (disparue), l'autre, circulaire, à Kerlavarec, à l'ouest du finage communal. Un camp romain a existé juste au nord du bourg actuel de La Martyre. Selon Jourdan de La Passardière la voie romaine allant de Kastel-Paol (Saint-Pol-de-Léon) à Ys passait par La Martyre. Deux postes fortifiés protégeant cette voie ont été retrouvés, l'un à Lilyvon, l'autre à Kerlavarec, qui aurait par la suite servi de résidence au roi Salomon. Cette voie croisait à La Martyre une autre voie romaine allant de Vorgium à Vorganium, en passant par Commana et La Roche-Maurice, connue à La Martyre actuellement sous l'appellation de "chemin romain" (actuelle route départementale 35). En 1363, Hervé VIII de Léon, seigneur de Léon, résidant en son château de La Roche-Maurice, meurt sans enfants (sa sœur Jeanne, épouse de Jean Ier de Rohan hérite de la seigneurie) et lègue par testament 50 livres de rentes à l'église de La Martyre à la condition que l'on célébrât deux messes par semaine pour lui et ses prédécesseurs. La foire de La Martyre existait bien avant 1476. Cette année-là, le 4, Jehan, duc de Rohan « se démunit en faveur de l'église N.D.

de La Martyre des droits d'applacements [emplacements] et étaux [étals] qu'il levait de tout tems sur les marchands qui venaient débiter vins et breuvages et étalaient marchandises aux foires et assemblées qui se tenaient au bourg ». Cette exemption de taxes sur les boissons servies lors de la foire fut réduite à dix barriques de vin en 1671; en 1707, ce droit fut affermé moyennant 108 livres pour 20 barriques, « avec obligation de fournir le meilleur vin qu'il aura pour la célébration des messes journellement et de fournir tous les dimanches pour deux sols de pain blanc pour être béni ». Le château de Lilyvon [L'Isle-Yvon] était un fief seigneurial issu du démembrement de la Principauté de Léon, habité au XVe siècle par un seigneur de Kerhoënt, époux de Béatrix de la Palue, descendante de Morvan, vicomte de Léon, qui lui avait apporté en dot ce domaine. Au XVIIe siècle, ce château passe successivement aux mains des familles de Cornouaille, de Gouzillon et enfin de Parscau du Plessis jusqu'à la Révolution française. Ce château fut ensuite démoli. La seigneurie de Poulbroc'h, qui relevait aussi de la principauté de Léon, possédait en fief plusieurs hameaux de la Martyre. Elle appartint successivement aux familles de Gestin, Keroudault, de Penteunteniou, Saisi de Kerampuil, Le Forestier de Quillien et de Coattarel. D'autres manoirs existaient comme ceux d'Irziri, de Kerfeunteun et de Kerlavarec.

Le prieuré d'Irziri et la chapelle voisine dédiée à saint Evertin (peut-être saint Avertin?), depuis longtemps disparue, appartenait au recteur de Ploudiry, qui en était prieur commendataire. Guy Éder de la Fontenelle aurait incendié le bourg de La Martyre en 1592, après avoir mis à sac Landerneau et pillé le château de Mézarnou en Plounéventer. La Martyre fut un centre important de l'activité toilière du Pays de Léon. Guillaume Abgrall, paysan-marchand de toile du village de Roholloc en La Martyre, un julod, né en 1702 et décédé en 1733 laisse un héritage d'une valeur de selon son inventaire après décès dont de « toiles » et de fil blanc ou écru. Trente-cinq kanndi ont été recensés à ce jour à La Martyre, c'est la commune qui en comptabilise le plus après Ploudiry où quarante sont dénombrés. Mais La Martyre doit surtout sa prospérité à ses foires: la "Foire franche", dénommée ainsi car aucune taxe n'y était prélevée, se tenait le 22 juillet, jour de la Sainte Madeleine; son origine, lointaine, est inconnue. En 1560, Charles IX accorde deux nouvelles foires à La Martyre, la première le jour de la Saint Marc, la seconde le lendemain de la fête du Saint Sacrement, mais aucune de ces deux foires n'atteindra la renommée de la "Foire franche". Ces foires sont confirmées par Henri IV en 1607.

Au XVIIe siècle, elle est la foire la plus importante du Léon; des marchands viennent y acheter des chevaux, y vendre des étoffes, de la joaillerie, etc. depuis la Normandie, la Touraine, etc. un témoin affirme qu'on y vend plus de chevaux « qu'aux quatre coins de Carhaix et de Pontivy ». En 1618, Jean Bellec, maître-orfèvre à Morlaix, affirme même qu'on y rencontre de nombreux marchands d'Angleterre, d'Irlande, de Flandre et d'ailleurs, « qu'on y trafique de toutes sortes de marchandises, spécialement de soieries, draps, merceries, chevaux et bestiaux de toutes sortes ». Louis Béchameil de Nointel confirme vers la fin du XVIIe siècle l'importance de cette foire: « Celle qu'on appelle la foire de La Martyre, et qui est la plus grande, commence le 2e lundi de juillet et dure jusqu'au jeudy. Il vient beaucoup de marchands, surtout de Normandie et de Tours, qui apportent toutes sortes d'étoffes, de draperie et de mercerie, et qui achètent une grande quantité de chevaux et de bestiaux que l'on y amène des autres cantons de la Bretagne ». L'église de La Martyre tira un grand profit de ces foires, grâce aux nombreuses offrandes faites par les participants (le montant des offrandes reçues par l'église se montait en moyenne annuelle à 947 livres entre 1641 et 1643, dont 614 reçues pendant la foire et à entre 1675 et 1677), mais les paroissiens en profitaient par les boutiques, galeries et caves louées aux marchands. Les profits étaient tels que la foire était fortement convoitée: par exemple vers 1610 et à nouveau en 1665 Landerneau tenta, en vain, de s'approprier la foire de La Martyre.

La duchesse de Rohan appuya, notamment en mai 1667, cette demande, prétextant que La Martyre était un lieu bien incommode et qu'il n'y avait pas de logements en nombre suffisant pour les marchands et leurs marchandises, lesquelles étaient exposées au pillage des voleurs et qu'elle était obligée de veiller à la sécurité des foires, ce qui était fort malaisé, les juges de Landerneau ne pouvant délaisser leurs charges dans cette ville. Le conseil de fabrique s'opposa vigoureusement à ces demandes, faisant même appel au roi Louis XIV par une requête datant du 5, arguant que le déplacement des foires aurait entraîné selon eux « la ruine d'une des plus belles églises de la province, qui perdra plus de de rentes. C'est l'abolition de l'une des plus anciennes foires et des plus fréquentées du royaume », que dans l'église « il s'y fit quantité de miracles qui appelèrent une si grande affluence de peuples (.) » et que les ducs de Rohan eux-mêmes avaient jadis légitimé la foire et ses privilèges. Ils ajoutaient que « le lieu de La Martyre est tout à fait commode pour tenir la foire, qu'il y a des galeries très commodes pour les marchands et les marchandises (.), d'autant qu'il y a plusieurs hôtelleries dans le bourg capables de recevoir tous les marchands forains qui viennent y débiter » que le curé gardait sous clefs dans une armoire, ce qui empêchait qu'elles soient exposées et vénérées lors des processions. Les marguilliers, dans une supplique adressée à l'évêque de Léon écrivent à propos de l'attitude du curé: « On craint que pour la foire de juillet, il ne fasse le même refus. Ainsi la fréquentation de l'église de La Martyre, où la dévotion attirait un grand nombre de peuples, se diminuera, les frais et les prières que les tréviens ont fait pour se procurer les dites reliques deviendraient inutiles. Vous plaise en conséquence, Monseigneur, que le jeudi de la foire et le second dimanche de mai, chaque année, les reliques soient portées autour du bourg par deux laïques pieux et vêtus selon l'usage pratiqué dans tout le diocèse ». L'église de La Martyre était alors riche: « Les revenus en sont considérables et rapportent près de en biens fonds, sans parler de près de 800 livres que l'on tire des boutiques et autres logements pendant la foire, et les offrandes qui y tombent pendant le cours de l'année » écrit le 26 Joseph du Parc Le Roy, procureur fiscal de la juridiction de la principauté de Léon, qui dénonce quelques abus commis alors par les marguilliers dans l'administration de ces biens, et ordonne que les comptes soient désormais faits en sa présence et celle du curé.

Les marguilliers renâclèrent et ne se soumirent à cette décision qu'en 1738, exigeant toutefois le paiement d'une barrique de vin chaque année par la fabrique « pour suppléer aux frais de toutes les affaires qui se font tous les ans ». Vers la fin du XVIIIe siècle, l'église de La Martyre louait 700 à 800 livres chaque année les droits d'étalage lors de la foire, qui durait alors une semaine, entre le et le de juillet. Deux confréries avaient leur siège dans l'église de La Martyre: la confrérie des Trépassés, desservie par l'autel de Saint-Michel, et la confrérie du Saint Nom de Jésus. La trève de La Martyre fut supprimée le 11 et son territoire partagé entre Ploudiry et Tréflévénez. L'église fut fermée et son mobilier en partie enlevé, y compris les orgues, au profit de l'église de Ploudiry, en dépit des protestations des paroissiens. Le reste du mobilier, devenu bien national, fut vendu. Le curé de La Martyre à cette époque, Ouroal, prêta serment de fidélité à la Constitution civile du clergé et devint curé constitutionnel de Plouvorn. M Bézard, son vicaire, refusa de prêter serment, devenant prêtre réfractaire, se cacha à Plourin-Ploudalmézeau; il revint faire des baptêmes en 1795, signant « curé de La Martyre ».

Dès 1801, La Martyre fut à nouveau pourvue d'un prêtre, mais n'en eut pas à nouveau entre 1809 et 1813, ainsi qu'entre 1819 et 1822. La partie non vendue du mobilier de l'église fut restituée par l'arrêté du 7 thermidor an XI et une autre partie fut rachetée par L'Estang du Rusquec, un noble habitant Tréflévénez, qui fut trésorier de la fabrique de La Martyre entre 1834 et 1852. L'église, qui était en mauvais état, fut restaurée en 1828-1829. Au XIXe siècle, la foire de La Martyre était encore la plus importante de tout l'Ouest de la France et, à partir du 14, jour de l'inauguration du premier hippodrome du département du Finistère, des courses célèbres de chevaux y furent organisées. Un texte de 1852 évoque l'importance de la foire de La Martyre: « La plus belle foire du département, et l'une des plus belles de France, la foire de La Martyre, se tient le second lundi de juillet (.). Ce qui lui vaut la réputation méritée dont elle jouit, c'est la grande quantité et la qualité des chevaux de trait léger qu'on y rencontre. Elle présente des chevaux de toute espèce, conduits de tout le département, mais en général peu de chevaux de selle. (.) Autrefois, on y exposait 7 à chevaux; aujourd'hui, ce chiffre, singulièrement réduit, ne s'élève plus qu'à 4 ou, mais cette réduction ne saurait être attribuée à une décadence; elle est due aux achats journaliers que les marchands étrangers font dans les différentes communes (.).

Pol Potier de Courcy écrit en 1843 dans le journal L'Océan que « le cachet propre et distinctif de cette foire (.), c'est d'avoir été le rendez-vous de toute la noblesse du pays, attirée là par ses plaisirs, ses affaires et parfois la politique ». Des tables étaient dressées sous des tentes, dans un petit bois attenant au cimetière, et tous les gentilshommes, réunis par l'attrait de cette joyeuse fête, venaient y prendre place ». Les courses de chevaux, par lesquelles la foire commençait, contribuèrent à la renommée de La Martyre pendant la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, puis elles périclitèrent, disparaissant en 1972. Le journal Ouest-Éclair écrit le 25 La Martyre connaît, pour le XIXe siècle, sa population maximale en 1846. Un déclin démographique s'amorce ensuite, lent tout d'abord (la commune a encore 952 habitants en 1896), mais qui s'accentue ensuite, particulièrement entre 1896 et 1901, intervalle intercensitaire pendant lequel La Martyre perd 84 habitants en 5 ans, n'atteignant plus que 868 habitants en 1901. Le journal Ouest-Éclair écrit à ce sujet le 10 Ce déclin démographique principalement dû à l'exode rural s'est poursuivi pendant les deux premiers tiers du XXe siècle, la commune enregistrant sa plus faible population en 1968 avec seulement 509 habitants, avant d'enregistrer un regain démographique ces dernières décennies (764 habitants en 2011).

36 soldats de La Martyre sont morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Des courses hippiques continuent à être organisées chaque année; un train supplémentaire entre Brest et Landerneau fut même programmé certaines années, tant l'affluence était grande, ce fut le cas par exemple en 1904; par contre, pour l'année 1924, le journal Ouest-Éclair du 5 écrit: « Les courses de chevaux de La Martyre ont été favorisées par un très beau temps. L'affluence cependant ne fut pas considérable ». Le journal fournit ensuite le résultat des épreuves. Le journal Ouest-Éclair du 13 juin 1929 écrit Le 22 mai 1944, un avion anglais tombe dans un champ de la commune de La Martyre; le pilote, blessé, est capturé par les Allemands. Le Celtic Interconnector, une liaison électrique principalement sous-marine longue de 576 km entre l'Irlande et la France, doit être mis en service en 2026 ou 2027; son tracé breton, en souterrain et long d'une quarantaine de kilomètres, partira de Cléder pour aboutir à La Martyre où une station de conversion, implantée au lieu-dit « Iscoat », permettra de transformer le courant continu en courant alternatif (ou vice-versa); il permettra le transfert de 700 mégawatts, dans un sens ou dans l'autre.

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