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Murat-sur-Vèbre

Tarn · Occitanie

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La commune et son patrimoine religieux

Histoire de Murat-sur-Vèbre

Murat-sur-Vèbre est une commune de Tarn, en Occitanie, qui compte 871 habitants. « Murat »: du mot mur avec le suffixe latin -atum, donnant le sens de « clos de murs ». La commune a pris le nom de l'une des quatre paroisses (Murat, Boissezon de Masviel, Canac, La Bessière) qui constituaient la communauté d'Ancien Régime, Boissezon de Masviel. Murat devint Murat-sur-Vèbre par décret du 17 juillet 1891.

En occitan, le bourg est dénommé: )

La présence de l'homme dans les Monts de Lacaune et le plateau du Haut-Agout est attestée à partir de la fin du Néolithique (seconde moitié du ) et tout au long du avant notre ère par la découverte de nombreux vestiges, principalement dans les collines au nord du bourg de Murat-sur-Vébre. Les vestiges (tesson de céramiques, outils lithiques, produits de débitage) formaient des aires d'épandages plus ou moins concentrées. En 2021/2022, une structure de combustion à pierres chauffées a été découverte, datant de la moitié du IIIe millénaire, soit entre 2579 et 2463. Des dolmens (pour la commune, Castel Sec et Lagarde) confortent l'hypothèse d'une occupation du sol par des communautés villageoises. Les matériaux issus des fouilles ont été versés en partie dans la collection municipale et pour Castel Sec au musée Toulouse-Lautrec. Christian Servelle propose l'hypothèse de la venue de populations préhistoriques au Néolithique récent ou au cours de la première phase du Néolithique final. L'espace géograhique entre le bourg de Murat sur Vèbre et Lacaune a dû connaître une grande densité de peuplement. Ces populations ont érigé les statues-menhirs dites du groupe rouergat, retrouvées sur l'espace géographique aujourd'hui constitué du Bas-Aveyron, du nord de l'Hérault et de l'est du Tarn.

L'abbé Hermet a présenté la première communication scientifique sur le sujet et inventé le terme de « statue-menhir », dans son article Statues-menhirs de l'Aveyron et du Tarn publié en 1898 dans le Bulletin Archéologique. Il avait en effet poursuivi son inventaire dans le Tarn voisin dont la commune de Murat-sur-Vèbre. Il avait identifié la statue-menhir des Arribats, aujourd'hui perdue et dont il a réalisé un cliché sur plaque. L'abbé Gautrand, alors prêtre à La Bessière, une des paroisses de la commune, lui avait trouvé de fortes ressemblances avec les « sculptures préhistoriques » récemment trouvées à Saint-Sernin. Viendront ensuite celle de La Bessière présentée au musée Fenaille comme « l'Inconnue de La Bessière » et celle de Plos 1 (musée Toulouse-Lautrec). Ces statues-menhirs sont aujourd'hui classées dans le sous-groupe du Haut-Languedoc du groupe rouergat. D'autres ont été découvertes à partir des années 1960 lors de labours plus profonds. Les statues-menhirs caractéristiques sont celle du Camp Grand, découverte en 1981 et présentée dans le hameau de Paillemalbiau, de celle de Malvielle au Moulin du Louat, de Candoubre (2004), celle de Ténézole (2005) gravée sur les deux faces.

Ces découvertes ont créé un engouement. Le Syndicat d'Initiative de Murat-sur-Vèbre des années 1960 est à l'origine des premières présentations au grand public, de démonstrations de taille de la pierre, de conférences. Victor Rascol publie une étude à la fin du; il évoque avec réserve la présence de César à Roquecezieres, dans le proche Aveyron, et son passage dans la ville de Lacaune. Des pièces de monnaie romaines et des tombes gallo-romaines auraient été trouvées. Joseph Sahuc, en 1911, confirme l'existence d'une voie antique passant au "Plo de Bru" dans l'Espinouse, un oppidum gaulois; il en précisera le tracé. Elle entre dans la commune à hauteur des Senausses et la quitte à la Croix Rouge (La Bessière) en direction de Barre. Des tombes à lauze sont découvertes à La Bessière, des ornières (au Pas de L'Aze) et quelques dolmens. Cette voie secondaire ne figure sur aucun itinéraire de l'Antiquité ou du Moyen Âge; elle mettait probablement en relation les peuples riverains de la Méditerranée avec les populations du sud de la Gaule.

Sahuc apporte la certitude d'une voie gallo-romaine; cette « pénétrante Béziers Cahors » s'avère plus ancienne, peut-être de l'époque néolithique, ou, au moins, au temps des Gaulois. Un autre oppidum à proximité de la voie (vers Brusque au col du Crouzet) pourrait proposer d'autres directions à celle d'Albi. Des érudits locaux (Paul Rouanet, Jean Record, Amen), en faisant des recherches sur les statues-menhirs dans les années 1960, ont permis la découverte d'un nombre important de vestiges romains et gallo-romains. La plupart des matériaux archéologiques ont été versés dans la collection archéologique municipale et une partie est présentée dans une des salles du Centre d'Interprétation des Mégalithes. Le manuscrit le plus connu sur la commune est l'acte d'inféodation de plusieurs bois de la communauté de Boissezon de Matviel (la communauté qui deviendra commune de Murat à la Révolution), la veille de la fête de la Madeleine de l'an 1345 du temps de. Une rue -de-Valois dans le vieux Murat et la fête locale de la Madeleine, qui a succédé à une foire, le 22 juillet, en sont les conséquences. La communauté de Boissezon et Murat est constituée de quatre paroisses: Saint-Étienne de Murat, Saint-Pierre de Canac, Saint-Pierre-et-Saint-Paul de la Bessière et Notre-Dame de Boissezon. Les vocables utilisés de saint Étienne et du nom des apôtres semblent attester qu'elles ont été créées dès les premiers temps de la christianisation, pour au moins trois d'entre elles; la continuité de peuplement au Haut-Moyen Âge est confirmée.

Les églises apparaissent dans les archives à la fin. Avec une citation en 966, la seigneurie de Boissezon de Matviel se situe, aux premiers temps de la féodalité, dans la vicomté d'Albi tenue par les Trencavel. À l'issue de la croisade des Albigeois, elle se retrouve dans la seigneurie de Castres, constituée des terres de la vicomté ayant appartenu aux Trencavel et que le roi donne en fief à Philippe de Montfort en 1229. La seigneurie de Castres dépend de la sénéchaussée de Carcassonne et Béziers. Elle deviendra un comté en 1356. L'organisation de la communauté est mieux connue à partir. Les de l'Estendart en sont les seigneurs « pour les deux parts » depuis « le fort de Boissezo » (voir le château de Boissezon) représentés par un bayle et se partagent les revenus avec un coseigneur « pour une part ». Les de l'Estendart apparaissent à la fin du; leur succéderont la lignée des Peyrusse à partir du tout début.

Pour l'autre coseigneur, ce sont des Caylus coseigneurs des baronnies de Caylus et d'Olargues et un Lévis-Caylus à la fin du Moyen Âge, souvent d'ailleurs aussi seigneur de Nages. Le partage des droits se fait suivant des accords régulièrement établis, sous l'égide d'arbitres, enregistrés devant notaire. Celui de 1329, avec l'arbitrage des prieurs de Canac et de Barre, confirme que toutes les redevances seigneuriales de Boissezon reviendront aux de l'Estandart et ceux des autres paroisses seront partagées selon le type de droits ou le « masage ». Le coseigneur « pour une part », Déodat de Caylus, reçoit la plus grande partie des droits sur la paroisse de Murat et y possède un logis. Le château de Murat, cité en 966, et dont il reste des vestiges à la fin du, ne semble plus exercer de rôle politique. La communauté dispose probablement d'un consulat analogue à celui de la ville voisine de Lacaune et dont des actes ont été conservés dans le Livre Vert. L'un d'entre eux, en 1321, exempte de droits de péage les habitants de Lacaune lorsqu'ils franchissent la Vèbre à Murat. Les archives sont plus précises à partir.

Le consulat est alors constitué chaque année de trois consuls « modernes », le premier et troisième désignés par le seigneur « aux deux parts » et le second par l'autre coseigneur, sur une liste proposée par les « anciens » consuls. Ils ont la responsabilité de faire prélever la taille royale; ils contesteront le montant de tournois en 1404. À la fin du Moyen Âge, les reconnaissances à Jean de Peyrusse, le seigneur pour « deux parts » proviennent de 73 tenanciers de l'entière terre de Boissezon et Murat, la moitié de ceux qui faisaient reconnaissances à ses prédécesseurs avant la guerre de Cent Ans et surtout après les disettes et la peste de 1348 attestée à Lacaune: communauté de biens, vie commune des ménages, même pain, même vin, profits et pertes partagés. Un contrat qu'on retrouve durant le; E. Le Roy Ladurie indique qu'il est spécifique aux Cévennes et à la montagne du Haut-Languedoc. Le comté de Castres est réuni à la Couronne en 1519. Dans ces premiers temps du, l'état des fiefs est bien connu. La communauté de Boissezon de Masviel fournit le plus fort montant de revenus seigneuriaux du comté.

Ce sont pour l'essentiel les redevances dues sur l'activité agricole de ses habitants, sur les nombreux moulins, dont celui de Narulle (dont les équipements sans doute plus tardifs ont été restaurés), quelques fours, mais aussi des métairies nobles exploitées en direct. Des droits de péage et surtout d'herbage sont prélevés sur les troupeaux venant du Bas-Languedoc. Les moulins sont exploités pour obtenir la farine et participe à un artisanat de filature. Une mouline à fer apparait dans la vallée du Dourdou à hauteur du Ga, un hameau proche de Canac. Les idées de la Réforme parviennent à Castres et dans les villes de la Montagne. L'église réformée se constitue à Castres vers 1550 et celle de Boissezon de Masviel en mai 1570 par le seigneur Antoine de Peyrusse. Sans doute élevé dans la religion protestante, il a participé aux premiers épisodes guerriers. L'église de « Boissezon, Murat, Canac, Arnac et de la moline basse » est une petite église rurale; une centaine de familles, avec son pasteur, son école et un conseil d'anciens font respecter une morale rigoureuse.

Elle regroupe la famille seigneuriale avec leurs proches, des marchands, des maitres-artisans et quelques laboureurs. Les seigneurs de Boissezon vont s'engager sur les deux générations suivantes dans les luttes religieuses jusqu'à la dernière rébellion en Languedoc des guerres dites de Rohan. Les chroniqueurs de ce temps racontent les « exploits » guerriers des Peyrusse et de leurs successeurs, les Génibrouse (voir le château de Boissezon et le château de Canac) et moins les difficultés des habitants. Des procès plus tardifs demanderont réparation pour l'usage de l'église de Boissezon comme écurie par les Génibrouse et pour le saccage de celle de Murat et de son presbytère en 1621 par les habitants de Lacaune. Dans la ville de Lacaune, l'église protestante perdurera même au Désert, son temple sera démoli en 1685, celle de Boissezon disparaitra à cause de la politique de. Les abjurations de notables se font devant notaire; une dragonnade a lieu à Cambert; et en 1688, une école autorisée par les États du Languedoc, s'ouvrira à Boissezon, avec pour maitre d'école, un « clerc tonsuré » agréé par l'évêché. Le dernier Génibrouse protestant, Nicolas, meurt en 1647; son successeur, Jacques, est enseveli dans l'église de Saint-Amans « le jeudi saint 24 mars » 1701. La fortune des Génibrouse diminue, et une partie de leurs revenus passe à leurs créanciers.

L'un d'eux, Thomas de Thésan, vicomte du Poujol, lieutenant du Roi en Guyenne coseigneur pour une part de Boissezon et seigneur de Nages, s'empare de la totalité de la seigneurie en mariant sa fille avec l'ainé des Génibrouse, en 1687. Le cadet Bernard obtiendra en justice la restitution de tous ses droits, en 1699, à la mort de son frère. Il vendra sa seigneurie historique de Saint-Amans; ses successeurs viendront rarement dans leur château de Boissezon, résidant dans les châteaux hérités de leurs épouses. Les Génibrouse restent les propriétaires fonciers les plus importants comme l'enregistrent les compoix, ces répertoires qui permettent aux consuls de répartir l'impôt royal. La communauté est plus imposée ( en 1695) que ses voisines, comme Lacaune (877) ou Saint-Gervais (872), du fait de l'importance de ses terres agricoles et de ses forêts. L'élevage ovin et la culture du seigle et de l'avoine dominent l'agriculture de ce temps. Cambiès, la plus importante des métairies nobles, dispose d'un troupeau de 600 ovins, d'une quarantaine de bovins, d'une dizaine de cochons et produit 300 charretées de foin. Le fromage de brebis est déjà appelé « roquefort » et l'estive est importante.

La forte augmentation du montant de la tasque prélevée sur les récoltes confirme celle de la production agricole. L'élevage des ovins induit une activité artisanale autour du filage et du tissage de la laine pour des « cordelatzs » (draps), activité auxquels de nombreux moulins foulons participent. Dans la deuxième moitié de ce, démarre la construction du « chemin de montagne » de Castres au Bas-Languedoc pour désenclaver le territoire. Au cours de cette période, la population s’accroît malgré les graves crises de subsistance en 1692-1694 et 1708-1709, attestées par la chute de la production agricole et la surmortalité enregistrée dans les registres paroissiaux. La paroisse de Murat comptera au tournant du siècle plus de 60 % de la population de la communauté forte de près de. La nouvelle organisation administrative crée le département du Tarn en février 1790 à partir des trois diocèses de Castres, Lavaur et Albi (le canton voisin de Saint-Gervais sera échangé plus tard avec l'Hérault contre celui d'Anglés); Lacaune devient chef-lieu de district et la communauté d'Ancien Régime de « Boissezon et Murat », la commune de Murat, reconnaissant ainsi la prédominance économique et politique de la paroisse de Murat et de son bourg. La commune devient chef-lieu du canton constitué avec la commune de Cabannes-et-Barre. L'attachement à la tradition religieuse et le refus de nombreux conscrits à s'éloigner de leur région natale conduiront à des affrontements.

La population soutient ses prêtres qui refusent la Constitution civile du clergé et protége les réfractaires qui resteront dans le pays lorsqu'ils sont bannis en 1792. Des rassemblements armés sont signalés dans le district de Lacaune; l'administration prend des mesures brutales. Le vicaire de Murat et un « contre-révolutionnaire » seront guillotinés pendant La Terreur. Les troubles se poursuivent; la municipalité démissionne à la fin de l'année 1795. Les communes de Murat et Lacaune sont mises en état de siège en octobre 1798. Un commissaire est chargé de l'administration et un régiment stationné dans le bourg. Le Concordat ramène la paix religieuse; dès 1803, la municipalité envisage de réparer les églises et de réorganiser le culte sur la commune entre les « succursales », avec une nouvelle église à Condomines proposée par ses habitants. La conscription reste impopulaire.

En 1805, sur que devait fournir le département, on compte 209 « réfractaires ou déserteurs » pour l'essentiel de la Montagne. Des « gendarmes en garnison » sont installés dans les familles des conscrits « réfractaires » dont par exemple une dizaine en 1806 pour les classes des années XIII et XIV de la commune. La population majoritairement contre révolutionnaire semble mieux accepter l'Empire mais la municipalité votera le 24 avril 1814. Le dernier seigneur comte de Boissezon, Gabriel-Maurice de Génibrouse, meurt dans son château des Roquefeuil en 1797. Son héritier, émigré, a été condamné à son retour en France et fusillé en 1799. Leurs biens sont vendus, les bois et le château « croulé » deviennent propriété de la commune. Biens nobles et ecclésiastiques ont été acquis par des notables locaux et quelques riches laboureurs. La croissance de la population de la commune comme celle de la Montagne amorcée au va se poursuivre tout le; elle atteint le plus haut niveau de peuplement de son histoire, et décroît jusqu'à la guerre de 14-18.

Cette croissance est favorisée par de meilleures conditions de vie: un bureau de bienfaisance pour les « indigents » en 1832 à la suite d'une épidémie, le service médical gratuit à partir de 1855. De nouvelles terres sont défrichées, les prairies artificielles s'étendent, la technique du chaulage se répands. L'élevage ovin pour le lait se développe à la suite de l'industrialisation de la fabrication du fromage de Roquefort. Des laiteries s'installent dans les hameaux; une nouvelle race de brebis laitière, la brebis de Lacaune, devient majoritaire dans les troupeaux. Le trop plein de main-d'œuvre entraîne une émigration saisonnière vers le Bas-Languedoc où la vigne prospère; elle deviendra définitive. Une forte solidarité économique et familiale se construit avec ces échanges entre la Montagne et le Bas Pays; elle perdurera, même si ces saisonniers sont traités de « gavach », c'est-à-dire d'arriérés. Le réseau routier s'améliore et, en 1826, la construction du pont de La Mouline termine « la grande route de Toulouse à Lodève ». Le nombre de foires passe de 3 à 5.

De nouvelles exploitations agricoles se créent (voir la liste des écarts), la population des hameaux s'accroît et entraîne la reconstruction de leurs églises avec le soutien de la population. Le bourg de Murat se développe le long de la Départementale. Le chemin de fer arrive à la fin du siècle; depuis Castres, le Petit Train, arrive à Murat en 1911. Une production artisanale de la charcuterie locale trouve ses premiers débouchés sur les marchés de l'Hérault autour de 1930.

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