Saint Jacques Chastan — Le missionnaire martyrisé en Corée

En 1836, un jeune prêtre français traverse clandestinement la frontière coréenne, déguisé en marchand. Trois ans plus tard, il sera décapité à Séoul. Jacques-Honoré Chastan fait partie de ces hommes qui ont tout quitté pour une mission dont ils savaient qu’elle pouvait leur coûter la vie.
De la Lozère aux confins de l’Asie
Jacques-Honoré Chastan naît le 7 octobre 1803 à Marcillac, en Lozère, dans une famille paysanne. Ordonné prêtre, il entre aux Missions Étrangères de Paris, cette société fondée au XVIIe siècle pour envoyer des prêtres en Asie. En 1827, il part pour le continent asiatique.
Il passe d’abord plusieurs années au Siam (actuelle Thaïlande) et en Mandchourie, apprenant les langues, s’acclimatant. Mais sa destination finale est la Corée, un royaume fermé au monde extérieur où le christianisme est interdit sous peine de mort.
En 1836, Chastan réussit à pénétrer en Corée avec deux autres prêtres français : Mgr Laurent-Joseph-Marius Imbert et l’abbé Antoine Daveluy. L’entrée est clandestine. Ils se déguisent, marchent de nuit, sont guidés par des chrétiens coréens qui risquent leur propre vie. La communauté catholique coréenne, née spontanément au XVIIIe siècle par la lecture de livres rapportés de Chine, attend des prêtres depuis des décennies.
Trois années de mission secrète
Pendant trois ans, Chastan exerce son ministère dans la clandestinité. Il baptise, confesse, célèbre la messe dans des maisons privées, se déplace la nuit, dort chez des fidèles qui l’hébergent au péril de leur vie. Il apprend le coréen, rédige un catéchisme, forme des catéchistes locaux.
La vie est dure. Le climat est rude, la nourriture frugale, l’isolement total. Les lettres de Chastan aux Missions Étrangères témoignent d’un homme lucide sur les dangers mais profondément attaché à sa mission. Il écrit sans pathos, avec une simplicité paysanne qui tranche avec le romantisme missionnaire de l’époque.
En 1839, une nouvelle vague de persécution frappe les catholiques coréens. Le gouvernement ordonne la traque des prêtres étrangers. Pour protéger les fidèles, Mgr Imbert prend une décision controversée : il ordonne aux trois missionnaires de se livrer, espérant que leur arrestation épargnera la communauté.
Le martyre à Séoul
Chastan se rend aux autorités le 6 septembre 1839. Il est emprisonné, interrogé, torturé. On lui demande d’apostasier. Il refuse. Le 21 septembre, il est décapité à Séoul avec Imbert et un autre missionnaire, l’abbé Laurent Maubant.
La stratégie du sacrifice ne fonctionne pas : la persécution continue et fait des milliers de victimes parmi les chrétiens coréens. Mais le témoignage des martyrs nourrit la foi de la communauté survivante. Quand la Corée s’ouvrira au monde quelques décennies plus tard, elle comptera des dizaines de milliers de catholiques.
Jacques Chastan est canonisé le 6 mai 1984 par le pape Saint Jean-Paul II lors de son voyage à Séoul, avec 102 autres martyrs de Corée — prêtres, laïcs, hommes, femmes, jeunes et vieux.
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Le saviez-vous ?
- Le christianisme en Corée est un cas unique dans l’histoire : il fut introduit non par des missionnaires, mais par des intellectuels coréens qui découvrirent la foi catholique en lisant des ouvrages rapportés de Pékin à la fin du XVIIIe siècle. Les premiers prêtres n’arrivèrent que des décennies plus tard.
- La canonisation des 103 martyrs de Corée en 1984 fut la première cérémonie de canonisation jamais célébrée hors de Rome. Le pape Jean-Paul II la présida à Séoul devant plus d’un million de fidèles.
- Chastan écrivait à sa famille en Lozère des lettres d’une simplicité touchante. Dans l’une d’elles, il demande des nouvelles des récoltes et des voisins, comme si traverser l’Asie à pied pour prêcher dans un pays interdit était la chose la plus naturelle du monde.