Saint Janvier — Le miracle du sang qui fascine Naples depuis six

Portrait de saint Janvier, évêque martyr patron de Naples

Trois fois par an, dans la cathédrale de Naples, un cardinal soulève devant la foule une ampoule contenant une substance noirâtre et desséchée. Des milliers d’yeux fixent le reliquaire. Puis, en quelques minutes — parfois en quelques secondes —, la matière se liquéfie et prend une couleur rouge vif. La foule éclate en cris de joie. Ce rituel se répète depuis 1389. L’homme dont le sang accomplit ce prodige est mort depuis plus de mille ans.

L’évêque de Bénévent

Gennaro — Januarius en latin, Janvier en français — était évêque de Bénévent au début du IVe siècle, en pleine persécution de Dioclétien. On sait peu de choses certaines sur sa vie. La tradition le décrit comme un pasteur courageux, qui visitait les chrétiens emprisonnés au mépris du danger.

En 305, il fut arrêté avec six compagnons près de Pouzzoles, dans la région de Naples. Selon la légende, on le jeta dans une fournaise dont il sortit indemne, puis on l’exposa aux fauves de l’amphithéâtre, qui se couchèrent à ses pieds. Finalement, il fut décapité. Sainte Agathe de Catane, autre grande martyre du sud de l’Italie, subit des supplices comparables à la même époque.

Le prodige du sang

C’est en 1389 que le miracle est documenté pour la première fois. Deux ampoules contenant le sang présumé du saint, conservées depuis des siècles dans la cathédrale, furent présentées au peuple lors de la fête du 19 septembre. La substance sèche et opaque se liquéfia sous les yeux de l’assemblée.

Depuis, le prodige se reproduit trois fois par an : le samedi précédant le premier dimanche de mai, le 19 septembre — jour de la fête — et le 16 décembre. La cérémonie est retransmise en direct à la télévision. Des scientifiques ont analysé le phénomène sans parvenir à un consensus. En 1991, une équipe de chimistes de l’université de Pavie a proposé une explication par thixotropie — un gel qui se liquéfie quand on l’agite —, mais cette hypothèse reste contestée.

Naples et son saint

Le lien entre Janvier et Naples dépasse la religion. C’est une affaire d’identité. Quand le miracle tarde ou ne se produit pas, la ville s’inquiète. Les années sans liquéfaction coïncident souvent, dans la mémoire collective, avec des catastrophes : l’éruption du Vésuve en 1631, l’épidémie de 1527, l’arrivée de Napoléon en 1799.

Car Janvier est aussi le protecteur contre le Vésuve. En 1631, lors de la pire éruption de l’ère moderne, une procession de ses reliques face au volcan aurait dévié le flux de lave. Saint Sébastien, autre martyr de la persécution romaine, partage avec Janvier ce rôle de saint invoqué contre les fléaux — mais aucun n’a un rituel aussi spectaculaire et régulier.

Le Trésor de San Gennaro, conservé dans la chapelle attenante à la cathédrale, est l’une des collections d’orfèvrerie religieuse les plus riches au monde. Rois, papes et fidèles anonymes ont offert des bijoux au saint pendant des siècles, constituant un patrimoine qui rivalise avec les joyaux de la Couronne britannique.

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Le saviez-vous ?

  • Le sang de Saint Janvier ne se liquéfie pas toujours au même rythme. Parfois le prodige se produit en quelques secondes, parfois il faut attendre des heures. Les Napolitains interprètent la rapidité du miracle comme un présage : plus vite le sang se liquéfie, meilleure sera l’année. En septembre 1980, le miracle mit longtemps — un mois plus tard, le tremblement de terre d’Irpinia frappait la Campanie.

  • Maradona, le footballeur argentin adore à Naples, fut comparé à San Gennaro après avoir mené le Napoli à son premier titre de champion d’Italie en 1987. Des graffitis dans les ruelles du centre historique le représentaient auréolé, à côté du saint patron. Pour les Napolitains, les deux figures relèvent du même registre : le miracle.

  • Il existe dans le monde plus de vingt reliques de sang de saints qui se liquéfient périodiquement, mais aucune n’est aussi régulière ni aussi scrutée que celle de Janvier. L’Église catholique n’a jamais qualifié officiellement le phénomène de miracle, préférant le terme prudent de « prodigium » — prodige.